L’art est amour.

Si la musique adoucit les mœurs, l’art émeut.

 Fernand Léger, Un homme et une femme

           Toute réaction devant un tableau est significative d’un sentiment. En regardant une œuvre qui nous plaît visuellement il n’est pas rare que l’on se mette à sourire. Moi même devant certains Picasso, ou devant un Modigliani, un Chagall, une sculpture de Giacometti ou de Brancusi, devant un Léger ou encore un Vermeer, je me rend compte que je souris de plaisir. J’en ris presque. Et pourquoi au fond ? Ce n’est qu’une toile. Oui mais. Oui mais c’est une toile qui attire mon œil de par ses formes, ses couleurs, ses représentations… Ou alors le tableau me renvoie à quelque chose que je connais d’heureux, je ne sais pas vraiment comment décrire cela. Et pourquoi un tableau nous ferait rire de joie, sourire ? Un tableau n’est pas que décoratif. Il n’est pas non plus juste une question de mise en forme artistique. C’est un espace sensoriel qui nous attise au plus profond de nous.

       Lorsqu’on se trouve face à un tableau, on ressent toujours quelque chose. Un sentiment se dégage. Et cela peut être aussi bien positif que négatif. C’est grâce à ce premier sentiment que l’on ressent à l’approche d’une œuvre qu’on va s’éloigner en regarder d’autres ou bien s’attarder et explorer le mystère pictural de l’œuvre. Mais pourquoi ? Comment ? Il n’y a pas de réponse à cela. Cette réponse est différente en chacun. Mais quelle est la question exactement ? Comment fait-on pour ressentir quelque chose devant une toile ? C’est très simple, nos yeux, à l’approche d’un tableau font d’abord un premier tri ; soit les couleurs, soit les formes. Prenons les couleurs. En passant dans une galerie, devant une toile, nos yeux remarqueront brièvement des couleurs. Ou bien une absence de couleur, et ce jeu de couleur va soit nous éloigner car on ne se sent pas attirer par celles-ci, soit ce sont elles qui vont nous amener à prêter attention aux formes, ou à l’absence de forme, à la représentation de l’œuvre. Ainsi on s’attardera sur un tableau très coloré car c’est notre goût, ou bien sur une toile de tons noir et blanc ou encore un monochrome.

       Marc Chagall,  Nuit d’été

           Nos yeux font le premier travail de tri. Ils nous conduisent devant les toiles que nous allons apprécier si déjà le travail pictural est agréable pour nous. Ensuite quoi ? Ensuite oui, on va regarder le tableau et là c’est notre cœur qui va parler. Ce tableau fait-il référence à quelque chose qui me touche ? A quelque chose qui me plaît, me ressemble, ou bien même me dégoûte ? Et c’est là que le cœur intervient. C’est là que les sentiments rentrent en scène. J’aime. Je n’aime pas. J’adore. Je déteste. Cela m’effraye… Cela m’excite… Et c’est une ribambelle de sensations, de sentiments qui vont juger l’œuvre pour le spectateur. Les sentiments même du sublime, ou de l’horreur, ceux-ci qui sont extrêmes tendent à se développer pour certains spectateurs. Shaftesbury théorisait le beau et le sublime en affirmant que le sublime serait le concept dominant de l’esthétique. (Réflexions sur les sentiments du beau et du sublime) Et il est vrai que certains spectateurs face à un tableau vont aller jusqu’à ressentir de l’horreur ou à reconnaître le sublime. C’est là une question de ressentis.

      L‘art n’est pas qu’art. L’art est une relation avec un public. Avec des publics. Sans ceux-là, il n’y aurait pas d’art. Car si Léonard De Vinci n’avait pas eu son public, il n’aurait jamais été reconnu et donc son art serait mort au fond d’un vieux grenier sans oeil pour le juger. L’art est jugement, mais il ne vit pas que par cela. L’art doit être jugé pour vivre certes, mais l’art est avant tout une question de cœur, de sentiments, ressentiments, d’émotions… D’émotions. Un tableau doit se montrer. Sans cela, il ne vivra pas. C’est parce qu’il vit à travers les cœurs des spectateurs, et de leurs yeux transpercent des sentiments qui le feront vivre à jamais.

L’art est question d’amour.

                                                                                        Souvenez vous-en

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4 réflexions sur “L’art est amour.

    • Je suis toujours surpris que l’expression artistique , sous quelque forme que ce soit attire ( ou nécessite ) tant de commentaires…

      Dans ma conception, c’est la « réponse » humaine, naturelle à un parcours de vie et ressentis, c’est à dire qu’il me paraît naturel de créer, en photographiant, de peindre, d’écrire, etc….
      Aussi naturel que de respirer.

      En effectivement lire, regarder des oeuvres faites ( par des grand s ou des moins grands artistes), est toujours un bonheur, car c’est un don ( donner)… notamment quand les dites oeuvres sont sincères et révèlent des mondes intérieurs qu’on n’aurait pas imaginés.

  1. et aussi: BERNARD NOËL Les premiers mots

    Je lui ai demandé un jour s’il pensait que c’était la vue qui créait la peinture. Il m’a répondu :
    Non, je pense que la peinture est d’abord de la lumière, et c’est la lumière qui crée l’œil. Je comprends depuis comment la peinture peut être autre chose qu’une surface,
    tout en n’étant qu’ une surface, mais comment parler.
    Vous me donnez envie de répondre que le son des mots est leur lumière, mais il faut savoir se contenter d’ajouter un mot à un mot comme on ferait des nœuds sur une ficelle, et puis on la jette.

    Je croyais qu’on écrivait pour dire quelque chose.
    Vous avez sans doute raison, mais on écrit également pour ne rien dire, ce qui est une façon d’apprendre à voir la mort, la nudité de la mort, et de s’illuminer au contact
    de ce qui nous éteint.

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